Un petit «e» qui s’égare au Kentucky

Paul Strand est de ces grands photographes qui au début du siècle dernier, ont fait entrer la photographie dans la modernité. Il a beaucoup voyagé, et au milieu des années 30, il est passé par le Québec. Ses images de la Gaspésie sont dans les plus grands musées du monde, comme celles de Louiseville en Mauricie, ma ville natale.
Parlant de grand musée, en visite au MoMA à New York le mois passé, je suis tombé en arrêt devant une image de cette série prise à Louiseville, comme ces granges ci-dessus. Mais sur le carton sous la photo, on indiquait Louisville, Québec. Il y manquait ce «e», qui fait d’un roi au Kentucky, une reine au Québec. De retour à Montréal, commençant mes cours de conduite moto, j’ai oublié cette histoire jusqu’à la semaine dernière. J’ai donc envoyé un courriel au musée, leur signalant l’erreur «typographique». Je viens de recevoir une réponse du département photo du MoMA:
Dear Jacques Lesage,
Thank you for alerting us to this misspelling. We are in the process of changing the wall label.
Regards,
Katie Latona
Department Assistant, Photography
The Museum of Modern Art
C’est toujours étonnant de prendre en défaut ces monstrueuses institutions, c’est comme trouver des fautes d’orthographe dans une grammaire. Eh! même les monstres ont parfois le hoquet.
Et pour ce qui est des images de Paul Strand à Louiseville, je n’en sais rien du tout. J’imagine qu’il n’a fait que passer, empruntant le chemin du roi (pas celui du Kentucky) par ce qui est aujourd’hui la 138, autrefois la 2, et dans son ancienne configuration qui zigzague autour de la route actuelle. Je pourrais aussi parier sur le rang qu’on appelle «le Petit Bois», en fait, il y en a deux, celui de Louiseville qui est au nord de la 138, et celui de Maskinongé, au sud de la 138, qui est toujours la même route, c’est juste que ça se promène à droite comme à gauche ces vieilles affaires-là . Donc le «P’tit bois» de Louiseville, aujourd’hui envahi par la banlieue et ses maisons cheaps toutes semblables. J’image qu’un autre photographe y trouverait son affaire. Les décors changent, la façon de les voir aussi.