C’est le Grand Prix de Trois-Rivières en fin de semaine, et même si ça fait un sacré bout de temps que je n’y suis plus allé, parce que dans mon temps c’était meilleur, ça demeure tout un événement.

Ma mémoire me joue des tours, c’est l’âge bien sûr, mais ces deux photos, prisent à quelques années d’intervalles à Trois-Rivières des frères Villeneuve, sont d’une époque où deux gros Kodak dans le cou servaient de laissez-passer V.I.P., même pour un ti-cul à peine au cégep.
La première image, de Gilles Villeneuve en plein dérapage à la courbe Des Forges au volant de la Can-Am Dallara du Walter Wolf Racing, montre bien les excès d’une sécurité bon enfant permettant à un détenteur de billet d’admission générale de se retrouver en bord de piste. L’année suivante, Gilles allait être pilote Ferrari, mais pour la tête de linotte que seul un reste de bon sens et surtout la chienne aux culottes empêchaient d’être encore plus près de la piste, il était déjà une légende.
On dira bien tout ce qu’on voudra sur mononque Jacques, ici en attente de s’élancer en Formule Atlantique pour les premiers tours de roues du vendredi, mais je crois qu’il était capable d’être plus rapide que son frère, et sans trop se forcer. Je ne dis pas meilleur, la vitesse en course n’est pas gage de réussite, et il en a fait la preuve à plusieurs reprises, souvent même par l’absurde, mais il avait une façon de prendre les virages qui tenait en même temps du grand art et de la folie pure.
Pour qui connaît Trois-Rivières, le boulevard Du Carmel, qui sert de longue ligne droite au circuit du Grand-Prix, est en surplomb d’un quartier résidentiel que j’ai déjà habité, juste au pied du virage De Calonne, un 45 degrés à gauche demandant un gros freinage et étant une des belles opportunités de dépassement. Évidemment, du quartier, on ne voit rien, mais on entend, et pour qui sait écouter, les styles se révèlent. J’y habitais donc les deux, trois dernières années de participation de l’oncle Jacques au GP. Déjà , je n’y allais plus, trop près sans doute, et le bourdonnement des moteurs tôt le matin, plutôt qu’attractions servait de repoussoir. Mais il y avait quand même de bons moments, comme reconnaître au son l’oncle Jacques prenant ce fameux virage à fond, freinant tard, accélérant tôt, tellement différent de tous les autres que j’en étais gêné pour eux. Comment dire, le pilote typique relâchait l’accélérateur suffisamment tôt pour qu’on entende le moteur décompressé, prenait le virage et accélérait graduellement. Pas Jacques Villeneuve, il arrivait à fond et pour à peine une fraction de seconde, c’était le silence, l’imaginant à ce moment-là à la corde du virage, et le moteur se remettait aussitôt à rugir, comme si ce «blip» sonore était dû à une seule défaillance de la bande-son.
Avec les récents événements, on dirait bien que l’âge d’or pour les pilotes québécois tire à sa fin. Reste encore, il faut l’espérer, quelques beaux feux, et si renaissance un jour il y a, c’est par le Grand-Prix de Trois-Rivières quelle risque bien de passer.