Archive pour octobre 2006

Un petit canard

Mardi 31 octobre 2006

C’est flou, c’est centré, c’est un coucher de soleil… en noir & blanc, dans un cadre carré, c’est tout pour se faire aimer. C’est l’histoire du vilain petit canard qui n’a rien pour lui, et pourtant, c’est peut-être là tout son charme, sinon, comment expliquer Billy Joel avec Christie Brinkley, Lyle Lovett avec Julia Roberts, Flavio Briatore avec Heidi Klum, Brad Pitt avec Angelina Jolie, oké, ce dernier ne fonctionne peut-être pas, mais on saisi l’idée.
Il est quand même rassurant de savoir que cet espoir existe, que le torchon n’est pas inexorablement condamné à la guenille.

Ma vie en réédition

Lundi 30 octobre 2006

Jason Kottke vient de mettre un lien vers une liste des livres qui ont influencé l’écrivain Henry Miller, et auquel je faisais allusion il y a trois semaines. En français, «Les livres de ma vie» a été réédité ce printemps chez Gallimard. Je mets un lien vers une courte critique, mais c’est surtout pour la discussion qui suit dans les commentaires.

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Je cherchais son nom, je l’ai finalement retrouvé, il s’agit de Jenny Saville, une jeune peintre britannique. Et c’est de sa faute si je n’ose plus toucher un pinceau. Je n’ai jamais été très bon, encore moins assidu, ce qui explique peut-être l’un par le manque de l’autre (mettez ça dans l’ordre que vous voulez), mais son coup de pinceau m’a fait sauter les miens de mes mains, pour ne plus y revenir. Ses sujets ne sont certainement pas faciles, mais de la façon dont elle les peints, c’est ça, ce que j’ai paresseusement cherché sans évidemment trouvé, et je n’ai vu que des reproductions, c’est dire. J’sais pas quand sa prochaine expo dans le coin (lire New York), mais je vais sûrement faire un effort pour y aller.

En émergence

Dimanche 29 octobre 2006

Permettez-moi de revenir sur Neko Case un instant, parce que je l’écoute en ce moment, et que vous pouvez en faire tout autant en visitant le site de la radio publique de nos voisins du sud «NPR». Ils offrent toute une série de concert par des artistes de la scène anglo-saxonne dite émergente, que l’on peut écouter en «streaming» ou mieux encore, en téléchargeant le concert en mp3. Malheureusement, ils ne sont pas tous disponibles en téléchargement, mais il y en a quand même pas mal, dont Martha Wainwright.

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Les listes sont à la mode, alors avant que ça passe de mode, je donne un coup et après les classiques de la littérature, j’y vais avec mes 5 photographes qui, tout en étant une importante source d’inspiration (ça aussi, «source», c’est à la mode), sont d’un tel niveau, que c’en est déprimant. Pas de génies méconnus dans ma liste, mais ils sont bien tous reconnus pour leur génie, à commencer par James Nachtwey. Impossible de voir ce film qui lui est consacré «War Photographer», pour ne pas être en admiration devant cet homme, timide, mais imposant de ténacité. Des photographes de guerre, il y en a à la pelle, mais des bons, ils sont rares, et en ce moment, James Nachtwey est le seul, je n’en vois pas d’autres. Tout est là dans ses images, la composition, la lumière, l’émotion, l’horreur, l’espoir même, quand il le croise.

Il faut une sacrée dose d’humanité pour photographier la misère humaine et rester plus ou moins intact, mais Sebastião Salgado semble être tombé dedans quand il était petit. Connu chez lui en Amérique de Sud et en Europe pour la sensibilité de ses reportages, il a été reconnu internationalement pour son travail sur les travailleurs avec la publication du livre du même nom, avec surtout les images dramatiques des pompiers du désert qui éteignaient les feux allumés par les troupes de Saddam Hussein dans les champs de pétroles du Koweït à la fin de la première guerre du Golfe.
Parce que je ne voulais pas me donner le trouble d’installer une chambre noire dans la salle de bain et faire du N&B comme tout le monde, mon apprentissage s’est fait en couleur, ce qui, dans mon temps les tout-petits, était encore rare. Le numérique a changé tout ça, et c’est le N&B maintenant qui demande un effort particulier. Mais, pour revenir à la couleur, le Maître et pionnier, c’est Ernst Hass. Dans un monde sans Photoshop, où l’idée même de la photographie en couleur était vulgaire, il avait déjà tout compris, expérimenté et réussi. Le peu que je sais me vient de ce que j’ai saisi au contact de son oeuvre.

Est-ce un portraitiste, un photographe de mode, de nature morte, de nus, un ethnologue? Non, c’est Irving Penn! S’il y a un porte-étendard pour le photographe comme artiste, c’est bien lui. Contrairement à un Cartier-Bresson pour qui la peinture était une compagne illégitime, Irving Penn, qui à près de 90 ans publie toujours dans le Vogue américain, garde tout son monde à la même enseigne. Esprit ouvert et curieux, il intègre dans sa photographie son intérêt pour la peinture et la sculpture. Le carcan de la photographie appliquée devient avec lui un bijou de grande valeur. Son travail en tant que portraitiste fait toujours école, et contrairement à un Richard Avedon pour qui la vérité du sujet importait plus, chez Irving Penn, c’est la vérité de sa photographie qui prime, que ce soit Picasso ou un mégot de cigarette qui se retrouve devant son objectif.
Jeanloup Sieff est un ami. Évidemment, je ne l’ai jamais rencontrer, contacter ou quoi que ce soit, mais il était un photographe que j’aimais lire, et dont les mots étaient frais et joyeux, comme la personne elle-même j’imagine. Savoir partager est un don parcimonieux qu’il semblait posséder en quantité inépuisable. Son style si particulier a été très imité à une certaine époque. J’ai son livre rétrospective, «Demain, le temps sera plus vieux», qui contient beaucoup de textes et que je relis souvent, surtout l’automne quand le temps est morose. Il est un remonte moral idéal. Plusieurs textes hommages lui son consacré sur le site web du magazine Photo.

Belles de jour, lumineuses de nuit

Jeudi 26 octobre 2006

Il y a des périodes comme ça, où, par exemple, on est plus radio que télé, ou encore on a des fringales de cinémas, de livres qui nous prennent, ça fait un temps, la vie trouve toujours le moyen de nous détourner de ces nouvelles dépendances, un divorce, un nouvel amour, un bébé et tout à coup, on s’aperçoit qu’on n’est pas sorti depuis le dernier film de Terrence Malick (non, ce n’est pas ma vie de ces deux dernières années).

Passez votre pointeur sur les images pour faire toute la lumière.

C’est comme ça que traîne dans la chambre une peinture commencée il y a trois ans, et que je n’ai pas fait de lampes depuis le retour à Montréal. Pas que nous vivons dans le noir, il y en a partout dont 7 sur le haut de la bibliothèque même pas branché. Mais il y a de l’espoir, depuis quelques semaines sont mises de côté de jolies petites bouteilles, qui avec la bonne ampoule à l’intérieur et une base appropriée, un bol à salade retourné ferait sans doute l’affaire, devrait rejoindre la collection de mes lampes ramasseuses de poussières.

maj: Je viens de me rendre compte que le «mouseover» ne fonctionne que sur la page principale. Aucune idée du pourquoi et du comment!

maj bis: Problème réglé, voir le commentaire d’Incrédule. Un Chacoura manquait et tout était déréglé. Merci.

De la méfiance envers les infatigables

Mardi 24 octobre 2006

Je viens de relire «Essai sur la fatigue» de Peter Handke, ce qui se fait très vite, avant que la fatigue, justement, nous prenne, c’est à peine 70 pages. Écrit après la collaboration avec Wim Wenders sur «Les Ailes du désir», où le héros n’était pas très en forme, le livre est fait de conversation entre le narrateur et une voix intérieure posant les questions. Ses fatigues, toutes très légitimes, vont de celle de l’enfant à la messe de minuit, de celle de l’étudiant face à un prof ennuyant, du travailleur hébété, du voyageur en décalage, de l’amant bienveillant qui ne s’endort pas juste après, et bien sûr, de celle de l’écrivain. Le mot «Essai» dans le titre est peut-être un peu fort, puisqu’il n’explique rien, «Récit» serait sans doute plus juste.

J’ai connu une fatigue autre, sournoise, qui ne se nommait pas, alimentée par le corps lui-même. Avant le diagnostic de la maladie coeliaque, malade sans le savoir, avec une carence en fer, anémique et fatigué, militant pour la sieste de l’après-midi, je luttais contre une fatigue qui ne se justifiait pas. Il y a les bonnes fatigues, celles qui viennent de l’effort, gratifiantes, déculpabilisantes pour la bière froide à cinq heures (la bière sans gluten existe, mais bonne chance pour la trouver dans les 5 à 7). Et puis, il y a la fatigue du paresseux, la lassitude, l’apathie, le découragement, le désespoir, etc., il y en aurait pour un thésaurus au complet.
Pour ce qui est de Handke, il n’est ni paresseux, ni malade, il reste du bon côté de la fatigue, de celle qui peut même être séduisante.

Souveraine association

Samedi 21 octobre 2006

J’ai enfin terminé la lecture du Susan Sontag «Sur la photographie». On ne peut pas dire que je sois un partisan de la lecture rapide, mais c’est la qualité qui compte. Et une de ces qualités est celle de permettre à l’esprit de partir ailleurs, l’invitation au voyage. Il a été question dernièrement, ici et dans le livre, de Richard Avedon, et l’image qui me vient spontanément en tête, quand il est question d’Avedon, est celle de ce petit garçon, mangé par la lumière. Alors, l’autre jour, quand j’ai dû finir le film ou plutôt épuiser les batteries, j’ai tourné l’appareil vers le sujet le plus docile de la maison, Capucine. Et je l’ai fait avec une forte surexposition, puisque j’avais déjà en tête l’image de Richard Avedon.

Mais hier soir, finissant ma lecture, je tombe sur cette anecdote au sujet de Balzac, qui croyait, semble-t-il, que le corps se composait d’une suite infinie d’«images spectrales». C’est Nadar qui raconte, Balzac ressentant une appréhension vague chaque fois qu’on prenait sa photo, comme si une de ses images spectrales était emprisonnée par l’appareil. Ce qui m’a ramené en tête les images superposées d’Idris Khan, qui sont comme une réponse aux intuitions de Balzac. Et, je me suis dit que je pourrais aussi bien tenter pareille affaire avec ma série d’images de Capucine.

Un dernier mot au sujet de Richard Avedon. Cette photo du petit garçon est une image de jeunesse pour Avedon, et sans doute aussi une ratée technique dont la leçon ne restera pas incomprise. Ses célèbres portraits sur fond blanc en sont peut-être l’héritage, tout comme plusieurs séries de mode.

Portfolio d’Avedon, d’Idris Khan et de plusieurs autres sur le site de la Galerie Fraenkel –>

Occupation double

Jeudi 19 octobre 2006

Je n’ai pas de garage, encore moins double, et même si on a deux balcons qui ont été suffisamment bons pour faire pousser des tomates l’été dernier, ils ne seraient pas d’une très grande utilité pour mes rêves en variations de gris. Si j’avais un garage, double, il y aurait un char d’un côté, hybride pour la bonne conscience, et ces douze roues de l’autre, pour le plaisir. Je me suis mis à penser à ça l’autre jour, en avoir les moyens, d’où le garage double dans mon château en Espagne, quelles seraient les motos que j’aimerais avoir. Après de douloureuses, mais tout de même plaisantes délibérations avec moi-même, voici ce qui a émergé. Il y en a pour plus de 200,000$, ce qui me fait penser que je serais mieux de les avoir en Suisse ou à Monaco plutôt qu’en Espagne.

En fait, c’était en Allemagne qu’il fallait être la semaine dernière, pour le Salon Intermot de Cologne. Même si ce sont les nouveautés pour le marché européen, certains modèles devraient aussi rouler sur nos routes l’an prochain. Je ne suis pas du genre à courir les Salons, à part peut-être celui du livre, et encore, mais j’ai vraiment hâte au Salon de la moto ce printemps. C’est toujours comme ça avec un nouveau jouet, ça va me passer, mais en attendant, l’hiver va être long.

Entendre et écouter

Mercredi 18 octobre 2006

Il y a deux ans, le 18 octobre comme aujourd’hui, à l’âge de 92 ans, ma mère mourait. C’est peut-être parce que je me repasse l’instant dans la tête, mais il est comme un moment de cinéma. Le décor, chambre d’hôpital d’un autre siècle (St-Joseph à Trois-Rivières), vide et blanche. Le son, la respiration lourde, mécanique et douloureuse des derniers instants. L’action, LN qui vient me rejoindre dans la chambre, c’est le début de l’après-midi, on n’a pas encore mangé de la journée, j’insiste pour qu’elle rentre à la maison, j’utilise les termes «tu peux y aller», «vas-y c’est correct», j’ai la main de ma mère dans la mienne, puis c’est le silence. J’aime penser qu’elle m’a entendu, qu’elle m’a écouté. Comment aurait-elle pu savoir que ce n’était pas une invitation?

Ce qui me ramène ça en tête, ce sont les interviews d’Annie Leibovitz sur sa relation avec Susan Sontag, la mort de cette dernière, et les images qu’Annie Leibovitz en a fait. Il n’était pas question que je fasse une chose pareille, et pourtant, j’ai des images de mon père et de mon grand-père dans leurs cercueils, ça se fait. Leibovitz l’a fait, Richard Avedon aussi de son père, mais je ne me voyais pas faire la même chose, mettre une distance par l’intermédiaire du kodak, cela aurait été comme ne pas être là. Annie Leibovitz se justifie en disant que la photo, c’est ce qu’elle fait, mettant ainsi à égalité les facéties du chat avec la mort d’un proche. Voilà une distance que je ne suis pas encore prêt à franchir, ce qui est sans doute une question de caractère, de relation avec l’autre, plutôt que de morale.

Pieds nus dans le parc

Mardi 17 octobre 2006

Je me pensais presque hier soir dans la scène du parc de «Blow up» d’Antonioni, le meurtre en moins, deux, trois bozos en plus. Surtout que le film passait à la télé il y a quelques semaines. Même si je lui préfère «Profession: reporter» et sa série avec Monica Vitti, Blow up demeure son film le plus populaire, et malgré son ancrage dans un Londres très typé et daté, il réussit par la force du sujet et le questionnement qu’il suscite à passer la barrière du temps avec élégance. Comme souvent au cinéma, ce qui gravite en périphérie est parfois plus intéressant que le noyau, ce qui est surtout vrai ici avec la distribution. Malgré une Vanessa Redgrave excellente, inquiète et inquiétante, ce sont les Veruschka, Jane Birkin et les Yardbirds avec Jimmy Page et Jeff Beck qui donne ce plus, faisant d’un bon film, un film jouissif (dans tous les sens du terme, voir la scène de la session photo avec Veruschka). Seul le personnage principal, le photographe interprété par David Hemmings, est un peu fade, surtout si on le compare à son modèle, David Bailey, le seul homme à avoir marié Catherine Deneuve.
Ce qui m’a vraiment fait découvrir et aimer Antonioni, est ce documentaire de l’ONF, «Antonioni, documents et témoignages», vu sur une vieille copie 16mm. Truffaut disait sérieusement et à la blague faire des films pour le plaisir des jambes des femmes, alors voir Monica Vitti dans ces paysages d’Italie, qui ne voudrait pas devenir cinéaste!

Quelques images récentes du Maryon Park –>

C’est pas rien, c’est même quelque chose

Lundi 16 octobre 2006

Il y a un peu plus de 1000 pièces musicales dans la bibliothèque de l’ordi, iTunes pour ne pas le nommer, qui tournent en mode aléatoire une bonne partie de la journée. Dépendamment du degré de concentration, le bruit de fond musical se perd dans le tumulte des pensées, parfois perturbé par un bruit son que l’on ne souhaite pas entendre, Elton John en ce moment, ou mieux, par une musique qui, tout à coup, réussit à nous prendre du monde dans lequel on était englué, pour le sien. Et depuis quelques jours, Neko Case avec «Star Witness» fait le travail à la perfection. La musique, langoureuse et nostalgique, ne manque pas de transporter le rêveur en puissance que je suis, et puis la voix de la chanteuse, avec ses accents country, ajoute ce plus d’incongruité qui envoie en un spin fiévreux le cerveau déjà surchauffé. Steve jobs, dans une entrevue à Newsweek cette semaine, parle en fin d’article de l’importance qu’a la musique dans nos vies, comme faisant du bien à l’âme, mais qu’elle permette seulement de décrocher, ne serait-ce que le temps d’une chanson triste, c’est déjà plus qu’il n’en faut.

Neko Case | myspace –>

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On re-re-redécouvre, une fois de plus, les bons vieux trucs du début du cinéma.

Par un contemporain de Mélies –>

Pour une pub de Nike –>

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Parlant de vieilles choses, deux sites français, par la même gang, montrant beaucoup de papiers jaunis.

Agence Eureka –>

Grenouille Plus –>

Esprit, es-tu là?

Samedi 14 octobre 2006

Cinq autres encore, les derniers… pour l’instant. La psycho, c’est toujours Anais Nïn, même si elle était plutôt du côté de Jung que Sigmund Freud. Pour ma part, c’est ni un ni l’autre, surtout que, moins j’en sais sur mon compte, le meilleur. Mais ce «Psychopathologie de la vie quotidienne» est très divertissant, comme dit l’autre le matin. Pas de théorie tarabiscotée ici, mais les actes manqués, les lapsus et tous les tours que nous joues notre présent esprit, qui n’en manque pas une, lui.

Jacques Lacan, c’est pour le langage, même si, évidemment, je n’y comprends rien. Curieusement, dans beaucoup de ses textes, j’y vois des scènes de films. J’ai plein de notes, des dialogues, issus de la lecture de certains de ses séminaires, pour un éventuel et bien hypothétique film.

La Divine Comédie de Dante, c’est comme la poutine ou le pâté chinois, ça manque à la culture si on passe à côté. Pas que La Divine Comédie soit une poutine, mais c’est l’expérience de cette connaissance qui manque. Il y a diverses traductions, mais celle que j’ai par Henri Longnon est très bien.

François-René de Chateaubriand est un petit peu, et par la bande, dans notre actualité en ce moment, par le biais de cette expo au Musée des Beaux-Arts, Girodet, le rebelle romantique, dont l’affiche, reproduisant son «Atala au tombeau», est inspiré du roman de Chateaubriand, «Atala». Déjà que le romantisme en peinture peut être lourd, en littérature c’est un poids dont on peut se passer. Par contre, ses abondantes mémoires sont des plus fascinantes, surtout qu’il était un grand voyageur. Sa description des chutes du Niagara est des plus intéressante pour nous, surtout quand elle sert de comparaison avec ce que l’endroit est devenu aujourd’hui.

Gustave Flaubert, c’est Madame Bovary, mais le désespoir n’est plus romantique de nos jours, par contre, l’épopée qu’est Salammbô avec ses batailles spectaculaires et les fortes tensions sexuelles aurait bien sa place au cinéma avec «Le Seigneur des Anneaux», «Gladiateur» et autres «Troie». Pour qui n’aime pas lire sans images, le bédéiste Philippe Druillet en a fait une version assez éclatée et spectaculaire.

Quand la chair est triste

Jeudi 12 octobre 2006

Je suis allé une fois aux danseuses, dans un trou en province, il y a très, très longtemps déjà, et pas besoin de dire que l’expérience ne fut pas mémorable. Il y a des mondes qui, quoi qu’il arrive, nous seront toujours étrangers. Mais, il n’y a pas à dire, il fallait que les choses aillent vraiment mal, pour que le célèbre Club St-Paul à Trois-Rivières soit victime de la décrépitude ambiante qui affligeait le centre-ville. Cette image, prise il y a environ 25 ans, montre bien la désolation que cette ville vivait alors. Et le St-Paul était évidemment, un club de danseuses. Tout ce que j’en aurai vu sera cette façade à l’abandon voué à la démolition. Le visage du centre-ville a bien changé depuis, heureusement, et les danseuses sont ailleurs, mais ne me demandez pas où.

Une petite première

Mercredi 11 octobre 2006

J’ai refait ce truc cet été, photographiant ma blonde en vélo, à partir du mien, alors qu’on roulait avec la visite guidée à Chicago. Ici, à Anvers, Belgique, il y a une quinzaine d’années, c’était la première fois que je faisais ça.

Avant qu’il ne soit trop tard

Dimanche 8 octobre 2006

C’est le souvenir d’André Malraux l’autre jour qui m’a ramené à une époque où je ne lisais que les classiques. J’étais jeune, mais puisqu’il faut bien commencer quelque part; et c’est sans doute le meilleur temps pour plonger dans ces livres, la fin de l’adolescence. Avant, on n’y comprend rien, après, les expériences qui y sont décrites n’ont plus la même résonnance.

Enfant, c’est un gros livre à tranches doré avec des illustrations de chevaliers qui retenait le matelas pour qu’il ne dépasse pas de la frêle armature de métal du lit, qui est mon premier souvenir rattaché au livre. J’ai toujours fréquenté les bibliothèques, et c’est à ma bibliothèque municipale, où, après bien des égarements, une femme m’a montré la voie.
Et cette femme, c’était Anaïs Nin. Sa vie, même censurée dans ces anciennes éditions, était extraordinaire pour un ti-cul en Mauricie, mais surtout, c’est la porte ouverte vers tout un pan de la littérature qu’elle ouvrait. Les affinités dans le monde du livre sont précieuses, et ce passage du témoin d’un auteur vers un autre, l’est tout autant. Elle m’a amené vers Henry Miller bien sûr, et Lawrence Durrell. Puis, c’est Miller qui à son tour me dirige vers Cendrars, Giono, Céline.

Mais revenons à cette bibliothèque municipale. Je prenais des notes, du moins mentalement, je n’achetais rien encore, ces mots pouvaient servir à d’autres, mais ça n’allait pas durer. Une autre femme allait me faire abandonner la bibliothèque pour la librairie. Anaïs Nin, elle était bien, mais Simone de Beauvoir, elle était mieux. L’époque n’était plus la même, les enjeux non plus, c’était du sérieux. Sartre, Camus, Nizan (« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie »), et quelques autres. C’est avec ces auteurs que j’ai découvert ce que pouvait être le style au service des idées. Il y avait là quelque chose de précieux, et il fallait désormais que je le conserve. Ma première bibliothèque fut le tiroir du bas de ma commode, les T-shirts changeant d’étage pour faire de la place à ces «Mémoires d’une jeune fille rangée», que j’avais commencé avec l’exemplaire de ma bibliothèque municipale, mais terminé avec le mien.

Après, la chronologie devient plus floue, j’ai beaucoup lu entre 15 et 25 ans, ensuite, on fait des enfants, en espérant pour le mieux. «L’Homme sans qualités» de Robert Musil, tout comme «Le Mépris» de Alberto Moravia, je me souviens les avoirs lus au cégep, surtout Le Mépris, je n’avais pas encore vu le film, heureusement, parce que le roman est beaucoup plus juste envers son titre, et je l’ai peut-être aussi pris personnel, une histoire de filles, évidemment.

Marcel Proust, c’est un cas, et si je mets l’image du dernier tome de «À la Recherche du Temps Perdu», c’est parce que c’est celui par lequel tout ce qui précède existe. J’ai souvent souffert à la lecture de bien des tomes, en en sautant des grands bouts, ne sachant même pas que l’Albertine était en fait un Albert, mais quand on arrive enfin à ce «Temps Retrouvé», tout s’éclaire. Ce monde si dense et tarabiscoté devient limpide, tout à coup, on en fait partie, c’est notre monde aussi. Il est plus que la dernière pièce du puzzle, il est la réponse à toutes les questions, surtout celles qui n’étaient pas posées.

Je m’en voudrais de ne pas dire un mot de ce cher Louis-Ferdinand Céline. Le personnage, parce qu’il en était un, mérite mieux que ses idées douteuses en politique. J’ai lu et relu encore son célèbre «Voyage au Bout de la Nuit», et à chaque fois, c’est pareil, j’en ai pour une bonne semaine à écrire, parfois parler et même penser dans son style si inimitable. Il disait que son style était une invention comme le bouton de col, et que son seul talent était dans la chance de cette invention. Écrit parce qu’il voulait se payer un appartement, il dit avoir regretté cette idée de l’écriture pour le restant de ses jours, l’ingrate ne lui ayant apporté que des soucis.

Ici, il y en a 10, 2 ou 3 auraient fait l’affaire, 100 n’auraient pas été assez, mais un seul suffi.

Une image de marque déjantée

Jeudi 5 octobre 2006

Confederate Motorcycles fabrique très certainement des motos hors-norme, autant par leurs caractéristiques, leurs allures, que le prix demandé. Ce sont des objets d’un luxe inaccessible pour le commun des mortels, hé! Brad Pitt en a une, du rêve sur deux roues avec un gros moteur. N’empêche, les gens de chez Confederate demeurent des artisans, et les efforts pour offrir un produit de ce calibre doivent être de tous les instants. C’est peut-être pour ça que certains aspects de leur communication laissent à désirer, comme cette série d’images empruntant effrontément au style du photographe de mode Peter Lindbergh. Le pire, c’est que l’intention est bonne, les images sont prises dans une ancienne fonderie; métal en fusion, motos d’exceptions, le lien se fait naturellement surtout que l’endroit est maintenant un lieu historique de leur nouvel emplacement, où après la catastrophe de la Nouvelle-Orléans, Katrina les obligea à se déplacer, en Alabama.
J’imagine que c’est le genre de faux pas qu’il faut commettre, une erreur de jeunesse. Surtout, que ce n’est pas le genre d’images qui peut plaire à ceux qui ont les moyens de se payer leurs motos. On est loin du raffinement qu’un Lindbergh apporte à ses images. L’intention, sans doute, y était, malheureusement, pas le résultat. Dommage, les motos sont uniques et rares, les images devraient l’être tout autant.