En émergence
Permettez-moi de revenir sur Neko Case un instant, parce que je l’écoute en ce moment, et que vous pouvez en faire tout autant en visitant le site de la radio publique de nos voisins du sud «NPR». Ils offrent toute une série de concert par des artistes de la scène anglo-saxonne dite émergente, que l’on peut écouter en «streaming» ou mieux encore, en téléchargeant le concert en mp3. Malheureusement, ils ne sont pas tous disponibles en téléchargement, mais il y en a quand même pas mal, dont Martha Wainwright.
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Les listes sont à la mode, alors avant que ça passe de mode, je donne un coup et après les classiques de la littérature, j’y vais avec mes 5 photographes qui, tout en étant une importante source d’inspiration (ça aussi, «source», c’est à la mode), sont d’un tel niveau, que c’en est déprimant. Pas de génies méconnus dans ma liste, mais ils sont bien tous reconnus pour leur génie, à commencer par James Nachtwey. Impossible de voir ce film qui lui est consacré «War Photographer», pour ne pas être en admiration devant cet homme, timide, mais imposant de ténacité. Des photographes de guerre, il y en a à la pelle, mais des bons, ils sont rares, et en ce moment, James Nachtwey est le seul, je n’en vois pas d’autres. Tout est là dans ses images, la composition, la lumière, l’émotion, l’horreur, l’espoir même, quand il le croise.

Il faut une sacrée dose d’humanité pour photographier la misère humaine et rester plus ou moins intact, mais Sebastião Salgado semble être tombé dedans quand il était petit. Connu chez lui en Amérique de Sud et en Europe pour la sensibilité de ses reportages, il a été reconnu internationalement pour son travail sur les travailleurs avec la publication du livre du même nom, avec surtout les images dramatiques des pompiers du désert qui éteignaient les feux allumés par les troupes de Saddam Hussein dans les champs de pétroles du Koweït à la fin de la première guerre du Golfe.
Parce que je ne voulais pas me donner le trouble d’installer une chambre noire dans la salle de bain et faire du N&B comme tout le monde, mon apprentissage s’est fait en couleur, ce qui, dans mon temps les tout-petits, était encore rare. Le numérique a changé tout ça, et c’est le N&B maintenant qui demande un effort particulier. Mais, pour revenir à la couleur, le Maître et pionnier, c’est Ernst Hass. Dans un monde sans Photoshop, où l’idée même de la photographie en couleur était vulgaire, il avait déjà tout compris, expérimenté et réussi. Le peu que je sais me vient de ce que j’ai saisi au contact de son oeuvre.

Est-ce un portraitiste, un photographe de mode, de nature morte, de nus, un ethnologue? Non, c’est Irving Penn! S’il y a un porte-étendard pour le photographe comme artiste, c’est bien lui. Contrairement à un Cartier-Bresson pour qui la peinture était une compagne illégitime, Irving Penn, qui à près de 90 ans publie toujours dans le Vogue américain, garde tout son monde à la même enseigne. Esprit ouvert et curieux, il intègre dans sa photographie son intérêt pour la peinture et la sculpture. Le carcan de la photographie appliquée devient avec lui un bijou de grande valeur. Son travail en tant que portraitiste fait toujours école, et contrairement à un Richard Avedon pour qui la vérité du sujet importait plus, chez Irving Penn, c’est la vérité de sa photographie qui prime, que ce soit Picasso ou un mégot de cigarette qui se retrouve devant son objectif.
Jeanloup Sieff est un ami. Évidemment, je ne l’ai jamais rencontrer, contacter ou quoi que ce soit, mais il était un photographe que j’aimais lire, et dont les mots étaient frais et joyeux, comme la personne elle-même j’imagine. Savoir partager est un don parcimonieux qu’il semblait posséder en quantité inépuisable. Son style si particulier a été très imité à une certaine époque. J’ai son livre rétrospective, «Demain, le temps sera plus vieux», qui contient beaucoup de textes et que je relis souvent, surtout l’automne quand le temps est morose. Il est un remonte moral idéal. Plusieurs textes hommages lui son consacré sur le site web du magazine Photo.