Ă quoi rĂȘvent les araignĂ©es?

Par la fenĂȘtre de mon cubicule, car j’ai la chance d’avoir une fenĂȘtre, mĂȘme si en ce moment je ne vois qu’un banc de neige, banc qui avec un peu d”imagination peut avoir des airs d’Alpes Suisses, et je dis Alpes Suisses parce qu’en matiĂšre de hautes montagnes, les seules vues de proches sont les Alpes Suisses. Nos Rocheuses, je ne les ai vus que par un hublot d’avion quelques instants avant de me poser Ă Calgary. Par contre, je me suis rendu au pied du Cervin, alors j’y vais avec les rĂ©fĂ©rences que j’ai, mĂȘme si, il faut bien l’avouer, le banc de neige qui obstrue ma vue sur la grisaille habituelle de ce quartier industriel n’a de commun avec le Cervin que la neige Ă sa surface, mais comme je le disais, avec de l’imagination…
Donc, de ma fenĂȘtre Ă la vue obstruĂ©e, fenĂȘtre double en aluminium brun sans entretien et non entretenue, je vois une minuscule araignĂ©e qui, bien installĂ© entre les deux fenĂȘtres, sort de son repĂšre les jours ensoleillĂ©s pour faire sa sieste Ă la douce chaleur de ce soleil d’hiver. Bien accrochĂ©e Ă son fil, elle est l’image parfaite d’un bonheur paresseux. Je la regardais hier matin, envieux devant cet abandon aux forces de la nature, puis attendri quand quelques spasmes lui ont fait agiter les pattes, un mauvais rĂȘve peut-ĂȘtre, et la voilĂ qui s’Ă©tire, je l’imagine baillant un grand coup pour oxygĂ©ner ses neurones (j’imagine que scientifiquement parlant, il y a quelques faiblesses dans ce que je viens d’affirmer, mais qu’importe), puis elle ajuste sa position au bout de son fil, donne un petit coup de patte sur l’oreiller, se remet en boule et se rendort.
En dĂ©but d’aprĂšs-midi, elle dormait toujours, mais le tĂ©lĂ©phone se mettant Ă rĂ©sonner, m’occupant Ă des tĂąches alimentaires, j’ai ratĂ© son rĂ©veil, et je ne l’ai plus revue.
Pour voir les hauteurs de la Suisse, le photoblog de Heidi Brönnimann.