Archive pour la catégorie 'Lectures'

Le poison

Mercredi 5 novembre 2008

Je termine la lecture de «Les confitures de coings» de Jacques Ferron. Et avec cet automne électoral du fédéral au provincial en passant par la victoire de Barack Obama hier, son souvenir pourrait être éclairant. Pas seulement parce qu’il a démystifié, ou plutôt mystifié, la classe politique avec la création du Parti Rhinocéros, mais sa vision du Québec et de son destin étant toujours aussi cruellement actuelle.

Que l’on partage le même prénom, que nous soyons de Louiseville et que Chacoura ait droit à un peu de poésie dans ce roman, - Les petits chemins serpentants Ont fui la salicaire des marais Et gagnent les hauteurs de Chacoura Où dès juin chaque été On fait les foins pendant que le pois de la gaudriole Fleurit aux flancs du coteau - là s’arrête la comparaison, mais ce que je veux partager est ce passage sur la destinée, plutôt sombre, du peuple québécois vu par un lucide, comme dans lucidité et non pas une gamick pour faire peur au monde et les fourrer encore plus, pessimiste, à une époque où l’espoir était enfin permis, le début des années 70.

«Les Canadiens, avait écris Frank Archibald Campbell dans son Gotha - et par Canadiens il entendait Québécois - sont complices avant d’être compatriotes ou concitoyens. Ils forment un peuple bizarre, né sous une domination étrangère, un peuple patient et insoumis qui attend son heure et n’obéira jamais de son plein gré qu’à lui-même. En attendant, ils s’accommodent de nos lois, sans révérence, dans le but d’en tirer le meilleur parti. Lorsqu’ils proclament leur loyauté, ils tirent un écran et s’amusent derrière: qu’on se contente de la façade faute de l’édifice, quitte à passer pour naïf. Quand ils nous retournent nos propres paroles, dont ils se sont fait un répertoire, ils ne se soucient pas de ce qu’ils disent: qu’on les assure qu’ils parlent bien et qu’on les applaudisse. C’est ainsi que nous avons toujours gouverné ce peuple, moins par la force qu’en le prenant à son jeu et à sa fourberie. Plus fourbes que lui, nous l’avons empêché de s’affirmer. Il n’en a pas moins progressé. La partie approche de sa fin. Elle sera gagnée si les cartes ne sont pas abattues: il peut encore s’égarer et passer à côté de sa destinée. Il s’agira alors de mettre les cartes dans sa poche et d’emmener ces Canadiens à se considérer comme des immigrants dans un pays qui tire sa force et sa paix de l’immigration. Si l’on éprouve de la sympathie pour eux, par atavisme irlandais, gallois ou écossais, qu’on se dise que la meilleure façon de les aider est encore de chercher à les perdre».

Lectures d’autobus

Samedi 18 octobre 2008

C’est comme si je sortais d’une stricte diète qui m’interdisait de lire autre chose que ce qui se présentait sur un écran d’ordinateur, mais depuis que je prends l’autobus, je patauge dans le chocolat littéraire à odeur de papier et c’est très bon.

J’ai lu ce que j’avais offert à LN et je recommence pour une deuxième tournée le «Riding with Rilke». Moto et littérature, une paire plutôt inhabituelle, mais qui me convient parfaitement. Ted Bishop est prof de littérature à Edmonton, roule en Ducati et se passionne pour la littérature britannique. Dommage que je ne me sois pas plus investi dans les auteurs qu’il connaît si bien, mais je n’ai jamais réussis à faire plus que quelques pages du Ulysses de James Joyce, mon anglais n’est pas de taille pour cette langue trop typée. Je me dis qu’un jour, je devrais lire un chapitre d’une bonne traduction en français, puis reprendre ce même chapitre en anglais. En attendant, Ted Bishop fait une très juste et drôle description de l’arrivée du livre en Amérique, banni dès sa sortie pour obscénité.

Mais je ne commencerai pas à en sortir des extraits, je reproduirais plus de la moitié du livre, juste mentionné que la police utilisée pour son livre est Bembo, pour sa similitude avec Brembo, qui est la marque des freins de sa Ducati.

Lectures

Mardi 27 novembre 2007


Il n’y a pas que du neuf ici, ce GQ doit bien avoir deux mois d’anciennetés déjà, mais leur retour vers le passé est intéressant, me ramenant en mémoire les premières images de Terry Farrell, le mannequin, pas l’actrice de Star Trek.

Et pour qui la patience est récompensée, le trio anniversaire de Rolling Stone. Je les ai feuilletés, mais pas lus. Je me garde une petite gêne au bureau, je ne lis pas quand les autres travaillent, je fais semblant de travailler aussi.

Montréal est la ville invitée ce mois-ci dans Dwell. Que des clichés en pleines pages évidemment, mais pour qui ne les connaît pas…

Je cherche ce livre pour l’offrir à ma blonde, je n’ai pas encore vraiment cherché, mais ça se trouve, même s’il est un peu rare. C’est l’histoire d’un médecin, Philippe Ignace Semmelweis qui découvrit que de se laver les mains, pour un médecin avant d’entrer en contact avec un patient, pouvait sauver la vie de ce dernier. C’était il y 150 ans, et à voir ce qui se passe encore dans nos hôpitaux, la leçon n’a pas encore tout à fait porter fruit. Et comme cette histoire est racontée par Louis-Ferdinand Céline, ça doit être passionnant. Un sanguin racontant la vie d’un visionnaire incompris, lu par une sanguine, elle devrait aimer.

Lectures

Mardi 15 mai 2007

Chip Kidd assume la couverture de ce numéro anniversaire de Rolling Stone, et l’illustrateur James Jean décortique son travail sur son site.

Les Anglais semblent avoir beaucoup aimé les portraits de la Reine par Annie Leibovitz. Ils sortent plutôt mal dans le magazine d’ailleurs.

Dans Surface, un profil du Belge Arne Quinze, ici, ici et ici. Aussi, Starck à Moscou.

Un passage de «The History of Love» par Nicole Krauss: «There’s a story she sometimes tells about the train ride from Paddington Station to Oxford when she met a photographer who was almost completely blind. He wore dark sunglasses, and said he’d damaged his retinas a decade ago on a trip to Antartica. His suit was perfectly pressed, and he held his camera in his lap. He said he saw the world differently now, and it wasn’t necessarily bad. He asked if he could take a picture of her. When he raised up the lens and looked throught it, my mother asked what he saw. “The same thing I always see,” he said. “Which is?” “A blur,” he said. “Then why do it?” she asked. “In case my eyes ever heal,” he said. “So I’ll know what I’ve been looking at.”»

Je n’arrive pas à aller plus loin que la première page du «Ulysses» de James Joyce. Trop de mots que je ne comprends pas. J’ai visiblement surestimé mon anglais. Je songe à me procurer la traduction en français, lire une page de la traduction, la relire en anglais. C’est pas encore fait.

Lectures

Mercredi 25 avril 2007

J’ai beau avoir une cinquantaine de liens juste pour ce que je nomme «im-mobilier», reste que la presse écrite a encore sa place, et elle parvient toujours à nous mettre sous le nez des évidences qui nous passent sous le nez alors qu’on clignait des yeux en naviguant le net. Comme cette passerelle Simone de Beauvoir inaugurée l’été dernier à Paris, vu dans le design 100 de Metropolitan Home. On y trouve aussi cette fabuleuse transformation d’une autoroute urbaine à Séoul en parc aquatique. Imaginer maintenant la même chose avec la Décarie! Ben quoi, on peut bien rêver.

Je l’avoue, Vanity Fair, c’est pour les images. Surtout que ce numéro vert est plutôt déprimant avec la glace qui fond, l’Amazonie qui brûle et les politiciens qui font comme si de rien n’était. Donc, de très beaux portraits par les habituelles pointures comme Annie Leibovitz, Mark Seliger, Norman Jean Roy. J’aime assez ce portrait de Robert Redford par Jonas Karlsson, mais dans le genre, ça n’accote pas celui de Jack Nicholson par Albert Watson, Jack qui, incidemment, vient d’avoir 70 ans.

Monocle me fait penser un peu à ce qu’était Actuel dans les années 80, curieux et intelligent. Malheureusement, ce qui se passe en Amérique du Nord y est presque complètement absent. Pas que cela est un mal en soi, mais ce serait intéressant d’avoir un point de vu européen et critique sur nous. Se faire discourir sur les vertus des petites épiceries Hollandaise et Suisse, c’est bien, mais est-ce que ça intéresse vraiment quelqu’un? Et puis la revue traverse l’Atlantique à la nage, le numéro 3 est déjà sorti là-bas.

Bilal serait-il mourant, juste un an entre deux albums, il y a quelque chose qui cloche. Commencé en 1998 avec «Le sommeil du monstre» chez Les Humanoïdes Associés, il termine sa série 9 ans plus tard chez Casterman avec «Quatre?». Pas certain d’aimer son virage vers la peinture dans ses planches, ce qui serait un moindre mal si ses histoires n’étaient pas si alambiquées. On s’ennuie de sa collaboration avec Pierre Christin.

Lectures

Mercredi 21 mars 2007

Si le printemps est plus ou moins dans l’air, il est déjà bien dans les magazines. Je veux bien reconnaître qu’il faut un certain courage pour mettre le dernier GQ, avec Lindsay Lohan en couverture, sur le comptoir quand vient le moment de le payer (le voler peut être une alternative pour éviter l’embarras), mais le contenu est plus intéressant que le contenant. Des interviews avec Pedro Almodovar et Quentin Tarantino, ce dernier photographié par David LaChapelle, mais surtout un article sur le peintre John Currin. Ils ont aussi des petites vignettes, disséminées un peu partout dans le magazine demandant à des personnalités, de Chuck Close à Nan Goldin en passant par Robert Crumb, qu’elle est l’image la plus sexy qu’ils ont jamais vue. J’avais l’idée de les reproduire ici, mais comme je n’ai pu trouver la première que j’ai cherchée, le «Nu dans le bain» de Brassaï proposée par Charlotte Gainsbourg, on va laissé faire, et non, j’ai pas de scanner.

Wired a réduit son format il y a quelques mois déjà, ce qui sauve des arbres, mais heureusement, ils n’ont pas passé au réducteur leurs ambitions de faire un bon magazine. La couverture est drôle, jouant sur l’idée de transparence en référence à un article. Le contenu est typique Wired, dont un court entretien de Robert Rodriguez, en tournée de promotion avec son chum Tarantino pour leur film/s qui sort bientôt, et une illustration de Tomer Hanuka.

26 pages par Alec Soth dans W. Ce n’est pas aussi «satisfaisant» que ce que nous donnait Bruce Weber à la belle époque, mais c’est l’esthète qui se régale maintenant plutôt que le voyeur. Je me parle tout seul là hein? Pas grave, j’ai l’habitude.

Une jolie ressource pour qui s’intéresse à la photo de mode, Foto Decadent.

Lectures

Vendredi 16 février 2007

Ce n’était pas dans nos projets de retourner à New York cette année. L’idée était d’aller voir Boston, et si les astres s’alignaient correctement, de retourner peut-être à Chigaco, que nous avons véritablement aimé l’année dernière. C’est que je croyais, sans avoir vérifié préalablement, que le trajet entre Boston et New Canaan où se trouve «The Glass House» que j’aimerais tant visiter, se faisait sans douleur. Ce n’est pas le cas, pas du tout. L’idée était de prendre le train, mais il n’y a pas de ligne directe entre Boston et cette petite enclave bourgeoise du Connecticut, et en voiture, qu’il faudrait louer, c’est 2, 3 heures selon la route choisie, avec ou sans paysages. De New York, c’est à peine une heure en train à partir de Grand Central Station, le point de ralliement pour la visite du site de la maison de verre de Philip Johnson est directement en face de la gare de New Cannan, d’où, en autobus, ils nous amènent sur le site pour la visite guidée. Facile et cheap versus compliqué et onéreux… on va sans doute remettre ça à l’an prochain. En attendant, Dwell a un article là-dessus.

Il a beau être gros (typiquement américain maintenant, non?), le Vanity Fair spécial Hollywood est plutôt ordinaire. Déjà, la couverture n’est pas fantastique, et cette vielle blague avec les pingouins en queue de pie, pleeeease.

François Weyergans est un des rares écrivains français contemporains qui ne me fait pas fuir. Son discours est intelligent, mais pas pédant, alors j’ai décidé de l’aider financièrement en lisant son Prix Goncourt.

L’objet est un distributeur d’eau de rose, présent d’un ami de retour du Maroc. Malheureusement, le voyage en classe économique l’a un petit peu secoué, et il a des fuites. N’empêche, même sans utilité, il reste beau, alors on va l’aimer pour sa belle figure.

Parlant de cas de figure, c’est le temps de l’année où Sports Illustrated se lance dans le bikini. J’en glisse un mot parce qu’ils ont une section en 3D, lunettes fournies. Voilà une défaite pour se le procurer. Le printemps passé, j’y allais d’un facile mode d’emploi pour faire soit même ses images 3D, alors maintenant que tous les gars vont avoir des lunettes, c’est peut-être le temps d’y rejeter un coup d’oeil.

Lectures

Lundi 29 janvier 2007

J’ai presque le goût de commencer par le milieu, avec Wallpaper, parce que, ce qu’il y a d’intéressant, j’en ai déjà fait mention samedi avec les photographies d’ateliers d’artistes par Gautier Deblonde. C’est juste qu’on les voit mieux dans le magazine.
Les choses se corsent avec Interior Design et ce numéro rétrospectif de l’année 2006. On peut toujours se contenter des belles images sur papier glacé et des très courtes descriptions qui en sont faites, mais pourquoi se limiter au seul dessert quand, en fouillant un peu sur le net, on peut avoir un repas complet. Il y a des centaines d’items à découvrir, juste avec le magazine comme point de départ, dont Lorna Simpson, la dernière création d’Andrée Putman, qui avec l’hôtel Morgans à New York avait grandement participé à l’éclosion du phénomène de l’hôtel boutique, Gabriel Wiese qui, avec des bouchons de liège, ne fait pas de petites maquettes comme pour le concours de DWR, mais des fauteuils grandeur nature, et ce type, Brian Glaser qui collectionne les bouts de cigarettes, les classes par couleurs et en fait ensuite des tableaux pointillistes, beaux et puants. Un autre collectionneur qui transforme ses trouvailles en art, Vik Muniz. Maya Lin, encore étudiante, fut une vedette instantanée quand elle remporta le concours pour le «Vietnam Veterans Memorial» à Washington. On en parlait justement l’autre jour avec notre proprio qui a visité l’endroit l’année dernière, et il nous disait combien l’endroit, sans être spectaculaire, dégageait une force incroyable à cause de l’interminable séquence de noms en petit caractère gravé dans la pierre. J’aime beaucoup ici, son paysage de 2X4, une installation de sa dernière expo. Le Tate Modern est très certainement sur notre la liste des endroits à visiter à Londres, et si on s’y rend avant la mi-avril, on pourra voir les glissoires de Carsten Höller, en couverture justement de Interior Design.
Chris Ware est aussi dans le magazine, mais pour sa série «Building Stories» originalement publiée dans le New York Times, papier et en ligne. Malheureusement, les PDF semblent maintenant introuvables. J’ai par contre, depuis un bout de temps, son dernier livre «The Acme Novelty Library Annual Report to Shareholders», mais je commence juste à y mettre la tête. C’est évidemment superbe, les dessins comme l’objet. Une belle ressource ici pour tout ce qui est Chris Ware.

Lectures

Dimanche 24 décembre 2006

La Carte Fantôme, c’est pour LN, qui l’a eu comme cadeau de préNoël, parce qu’elle a souvent un petit quelque chose pour moi qui sert à corriger un irritant (cette année c’était mes vieilles pantoufles trop grandes que je traîne, voilà l’irritant, depuis 3, 4 ans), alors elle ne pouvait attendre deux jours pour me voir avec de nouvelles pantoufles aux pieds, d’où l’échange. L’auteur est Steven Johnson et ça parle de l’épidémie de choléra à Londres en 1854. Dis comme ça, ça l’air de rien, mais c’est comme un roman policier, le mécréant étant la maladie dans le rôle d’un terrible tueur en série et son appréhension par deux fins limiers qui changeront, par leur approche novatrice la façon dont on combat ces ennemis invisibles et microscopiques.

Quand j’ai commencé à m’intéresser à la photographie, Guy Bourdin faisait la pluie et le beau temps au Vogue Paris avec Helmut Newton, et je me considère privilégier d’avoir pu assister, par magazine interposé, aux derniers éclats de son feu d’artifice. Sa réhabilitation commence enfin, l’homme étant plutôt discret, mais la grosse brique de l’année dernière ou d’il y a deux ans était honteusement hors de prix, mais ce petit livre est juste ce qu’il me faut.

Le cinéma sert à faire rêver, parfois, mais il n’y a rien de mieux qu’un beau décor de cinéma qui nous donne envie de foutre dehors les vedettes pour y aménager tout de suite. H&G donne dans les listes avec 25 beaux intérieurs de cinéma. L’appartement d’Harrison Ford dans Blade Runner n’y est pas, dommage parce que c’est un de mes préférés, mais la «Casa Malaparte» du Mépris y est, ce qui est aussi bien. Dans le magazine on s’intéresse plus au sofa bleu qu’au reste, mais j’ai trouvé deux articles intéressants sur le sujet, l’un dans ARK, et l’autre sur Archis.

Une autre petite chaise, pour retourner le bouchon à sa propriétaire, juste à temps pour Noël.

Un livre à habiter

Samedi 25 novembre 2006

J’ai toujours aimé voir ces petites pièces sombres avec de lourdes tentures pour bloquer la lumière du jour, d’imposants fauteuils en cuir, deux, trois lampes aux ampoules jaunes, mais surtout, des livres du plancher au plafond sur tous les murs. C’est peut-être pas le paradis, mais on est très certainement pas loin du purgatoire. Le temps n’y compte plus, et même si on peut parfois s’y assoupir de lassitude, les rêves sont toujours du pays des merveilles. Et quand j’ai vu l’autre jour cette image de la bibliothèque «Manga Pod» par les architectes de l’Atelier Bow-Wow au Japon, je me suis souvenu de cette idée d’un lit à même la bibliothèque (pas un lit entouré d’étagères, mais un lit dans les étagères), idée jamais concrétisée mais qui reste dans un tiroir du fin fond de mes pensées, juste au cas où.
J’ai toujours construit mes bibliothèques, j’en suis à la cinquième, je crois. De la première, plutôt branlante qui devait, sur ses derniers milles, être retenue artificiellement pour pas qu’elle plonge par en avant, à cette dernière qui a presque 7 ans déjà et qui ne résistera pas au prochain déménagement.
C’est d’ailleurs ça, le plus gros problème avec le papier, son poids, qui décourage même le plus ardent des amoureux quand vient le temps de transporter tout ça ailleurs. À chaque fois, c’est le pénible exercice de la sélection, laissant les plus faibles aux cruautés du recyclage après en avoir extirpé le meilleur, se retrouvant dans des albums, de plus en plus nombreux, qui, un jour sans doute, devront eux aussi subir l’épreuve du jugement dernier.

Lectures

Vendredi 3 novembre 2006

En entrant dans la librairie l’autre soir, j’avais en tête d’en ressortir avec «The Snow Leopard» de Peter Matthiessen, mais je ne l’ai pas trouvé. Il n’y en avait peut-être plus, je n’ai pas demandé parce que j’avais des alternatives, dont le «Infinite Jest» de David Foster Wallace, mais avec ses 1000 pages de petits caractères, j’ai pris peur, surtout après en avoir lu rapidement quelques passages. C’est que j’aimerais bien ne pas passer les dix prochaines années de ma vie sur un seul livre. Je suis donc retourné vers la section voyage, feuilletant longtemps, sans vraiment être tenté, le récit de l’équipée en moto d’Ewan McGregor, mais je vais plutôt attendre de voir la série à la télé. Une tablette plus loin, c’est donc ce Paul Theroux, qui était sur ma liste depuis des années, un classique du contre-rendu de voyage «The Great Railway Bazaar», qui raconte le périple en train de l’auteur, partant d’Angleterre vers le japon en passant par l’Asie pour l’aller, et la Russie pour le retour, qui va faire un autre voyage, plus court et en métro. Apprendre à voyager, il y a pire comme résolution du Nouvel An. Je suis un peu en avance, mais comme de toute façon on ne les tient pas…

J’ai raté le numéro 1 de Wallpaper, mais j’ai le 2, puis le 8, le 9, 15, 21, 26, 30, et ce 92 qui fête les 10 ans du magazine. Ce qui ne fait pas de moi un inconditionnel fort, fort. Trop de pub, trop de modes, pas assez de contenus, comme quoi, le lecteur n’est pas trop important dans le succès financier d’une publication.

Le Gilles Bensimon, n’était pas cher et les femmes y sont belles. Ce serait donc trop demander au photographe d’avoir un style particulier plutôt que d’emprunter constamment ceux des autres. Mais ne serait-ce que pour nous avoir présenté Elle Macpherson, on lui pardonnera le reste.

Et pour qui ça intéresse, Brad Pitt en bobettes tirant du fusil à l’eau.

Esprit, es-tu là?

Samedi 14 octobre 2006

Cinq autres encore, les derniers… pour l’instant. La psycho, c’est toujours Anais Nïn, même si elle était plutôt du côté de Jung que Sigmund Freud. Pour ma part, c’est ni un ni l’autre, surtout que, moins j’en sais sur mon compte, le meilleur. Mais ce «Psychopathologie de la vie quotidienne» est très divertissant, comme dit l’autre le matin. Pas de théorie tarabiscotée ici, mais les actes manqués, les lapsus et tous les tours que nous joues notre présent esprit, qui n’en manque pas une, lui.

Jacques Lacan, c’est pour le langage, même si, évidemment, je n’y comprends rien. Curieusement, dans beaucoup de ses textes, j’y vois des scènes de films. J’ai plein de notes, des dialogues, issus de la lecture de certains de ses séminaires, pour un éventuel et bien hypothétique film.

La Divine Comédie de Dante, c’est comme la poutine ou le pâté chinois, ça manque à la culture si on passe à côté. Pas que La Divine Comédie soit une poutine, mais c’est l’expérience de cette connaissance qui manque. Il y a diverses traductions, mais celle que j’ai par Henri Longnon est très bien.

François-René de Chateaubriand est un petit peu, et par la bande, dans notre actualité en ce moment, par le biais de cette expo au Musée des Beaux-Arts, Girodet, le rebelle romantique, dont l’affiche, reproduisant son «Atala au tombeau», est inspiré du roman de Chateaubriand, «Atala». Déjà que le romantisme en peinture peut être lourd, en littérature c’est un poids dont on peut se passer. Par contre, ses abondantes mémoires sont des plus fascinantes, surtout qu’il était un grand voyageur. Sa description des chutes du Niagara est des plus intéressante pour nous, surtout quand elle sert de comparaison avec ce que l’endroit est devenu aujourd’hui.

Gustave Flaubert, c’est Madame Bovary, mais le désespoir n’est plus romantique de nos jours, par contre, l’épopée qu’est Salammbô avec ses batailles spectaculaires et les fortes tensions sexuelles aurait bien sa place au cinéma avec «Le Seigneur des Anneaux», «Gladiateur» et autres «Troie». Pour qui n’aime pas lire sans images, le bédéiste Philippe Druillet en a fait une version assez éclatée et spectaculaire.

Avant qu’il ne soit trop tard

Dimanche 8 octobre 2006

C’est le souvenir d’André Malraux l’autre jour qui m’a ramené à une époque où je ne lisais que les classiques. J’étais jeune, mais puisqu’il faut bien commencer quelque part; et c’est sans doute le meilleur temps pour plonger dans ces livres, la fin de l’adolescence. Avant, on n’y comprend rien, après, les expériences qui y sont décrites n’ont plus la même résonnance.

Enfant, c’est un gros livre à tranches doré avec des illustrations de chevaliers qui retenait le matelas pour qu’il ne dépasse pas de la frêle armature de métal du lit, qui est mon premier souvenir rattaché au livre. J’ai toujours fréquenté les bibliothèques, et c’est à ma bibliothèque municipale, où, après bien des égarements, une femme m’a montré la voie.
Et cette femme, c’était Anaïs Nin. Sa vie, même censurée dans ces anciennes éditions, était extraordinaire pour un ti-cul en Mauricie, mais surtout, c’est la porte ouverte vers tout un pan de la littérature qu’elle ouvrait. Les affinités dans le monde du livre sont précieuses, et ce passage du témoin d’un auteur vers un autre, l’est tout autant. Elle m’a amené vers Henry Miller bien sûr, et Lawrence Durrell. Puis, c’est Miller qui à son tour me dirige vers Cendrars, Giono, Céline.

Mais revenons à cette bibliothèque municipale. Je prenais des notes, du moins mentalement, je n’achetais rien encore, ces mots pouvaient servir à d’autres, mais ça n’allait pas durer. Une autre femme allait me faire abandonner la bibliothèque pour la librairie. Anaïs Nin, elle était bien, mais Simone de Beauvoir, elle était mieux. L’époque n’était plus la même, les enjeux non plus, c’était du sérieux. Sartre, Camus, Nizan (« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie »), et quelques autres. C’est avec ces auteurs que j’ai découvert ce que pouvait être le style au service des idées. Il y avait là quelque chose de précieux, et il fallait désormais que je le conserve. Ma première bibliothèque fut le tiroir du bas de ma commode, les T-shirts changeant d’étage pour faire de la place à ces «Mémoires d’une jeune fille rangée», que j’avais commencé avec l’exemplaire de ma bibliothèque municipale, mais terminé avec le mien.

Après, la chronologie devient plus floue, j’ai beaucoup lu entre 15 et 25 ans, ensuite, on fait des enfants, en espérant pour le mieux. «L’Homme sans qualités» de Robert Musil, tout comme «Le Mépris» de Alberto Moravia, je me souviens les avoirs lus au cégep, surtout Le Mépris, je n’avais pas encore vu le film, heureusement, parce que le roman est beaucoup plus juste envers son titre, et je l’ai peut-être aussi pris personnel, une histoire de filles, évidemment.

Marcel Proust, c’est un cas, et si je mets l’image du dernier tome de «À la Recherche du Temps Perdu», c’est parce que c’est celui par lequel tout ce qui précède existe. J’ai souvent souffert à la lecture de bien des tomes, en en sautant des grands bouts, ne sachant même pas que l’Albertine était en fait un Albert, mais quand on arrive enfin à ce «Temps Retrouvé», tout s’éclaire. Ce monde si dense et tarabiscoté devient limpide, tout à coup, on en fait partie, c’est notre monde aussi. Il est plus que la dernière pièce du puzzle, il est la réponse à toutes les questions, surtout celles qui n’étaient pas posées.

Je m’en voudrais de ne pas dire un mot de ce cher Louis-Ferdinand Céline. Le personnage, parce qu’il en était un, mérite mieux que ses idées douteuses en politique. J’ai lu et relu encore son célèbre «Voyage au Bout de la Nuit», et à chaque fois, c’est pareil, j’en ai pour une bonne semaine à écrire, parfois parler et même penser dans son style si inimitable. Il disait que son style était une invention comme le bouton de col, et que son seul talent était dans la chance de cette invention. Écrit parce qu’il voulait se payer un appartement, il dit avoir regretté cette idée de l’écriture pour le restant de ses jours, l’ingrate ne lui ayant apporté que des soucis.

Ici, il y en a 10, 2 ou 3 auraient fait l’affaire, 100 n’auraient pas été assez, mais un seul suffi.

Lectures

Vendredi 11 août 2006

Écologie et modernité ne semblent pas toujours faire bon ménage, mais ça change rapidement. Comme cette roulotte verte, un projet de Toronto que je trouve très, très bien. Le problème avec la modernité, et encore plus maintenant qu’elle est verte, c’est pas donné. Hé! quand on aime, on ne compte pas. «Metropolis» et surtout «Dwell» en font le tour, ce qui me fait penser à la cabane d’Alain de Métra-Transes. Il s’est construit une affaire, et j’appelle ça une affaire parce que je ne trouve pas de qualificatif approprié, deux tours de trois étages reliés au niveau du deuxième par une terrasse couverte faite de matériaux recyclés, même les clous, qu’il redressait un à un. Un de ses planchers est recouvert de tuiles dépareillées et cassées, ce qui donne une mosaïque abstraite, et sa terrasse est fermée par deux portes de garage posées verticalement et dont les panneaux de bois ont été remplacés par des vitres, elles aussi récupérées. Dès que j’ai la chance de passer par chez lui, j’en ramène des images.

Encore un mot sur ce dernier numéro de «Dwell», qui offre un reportage sur Bruxelles et qui montre deux images de mon endroit préféré, le bar «À la Mort Subite». J’y avais mes habitudes l’été que j’ai passé à Bruxelles, et l’endroit est aussi fabuleux que leurs bières. Évidemment, le goût d’une framboise en fût sur place n’est en rien comparable à ce qu’on retrouve ici en bouteille, c’est comme embrasser Charlize Theron (les filles, mettez le nom que vous voulez ici:…………………..) sur une page de magazine, il y manque l’essentiel. Dommage que je ne puisse plus en boire, la faute au gluten, mais il y a des plaisirs qui méritent la transgression, et si jamais je me retrouve à Bruxelles, vous saurez où me trouver.

Lectures

Samedi 6 mai 2006

Lectures récentes

L’effet est perdu sur la photo, mais la couverture du dernier RollingStone, leur millième numéro, est en 3D. Ils y font une rétrospective commentée des couvertures marquantes. De John Lennon à Nirvana en passant par Laetitia Casta et Brad Pitt, les histoires sont passionnantes, mais pas toutes pareilles. Le nombril de Britney n’a pas la même valeur que celui de Yoko Ono, c’est sans doute pour ça qu’elle ne l’a pas montré sur cette fameuse image prise peu de temps avant l’assassinat de John Lennon, où on les voit enlacés, elle en noir, lui nu.

Surface, magazine de mode, ce qui est pratique pour vendre ces pubs payantes de parfums et de chiffons, mais aussi d’architecture et de design sort son numéro spécial sur le Design. Et malgré la vingtaine de sites web que je consulte régulièrement sur tout ce qui touche ces domaines, les éditeurs de Surface réussissent à trouver des sujets qui me sont inédits. Il n’y a rien comme l’image d’un lavabo high-tech avec l’odeur du papier glacé.

Plutôt que d’aller voir le film, convenu et boursouflé, j’ai préféré me replonger dans la bédé. V for vendetta, c’est 300 pages d’images expressionnistes avec cette histoire époustouflante d’Alan Moore, qui, sous ses airs d’ours mal léché, est un des plus redoutables conteurs anglo-saxons.

La balle, c’est pour me masser la plante des pieds. Ça fait mal, mais ça fait du bien.