Le poison
Mercredi 5 novembre 2008Je termine la lecture de «Les confitures de coings» de Jacques Ferron. Et avec cet automne électoral du fédéral au provincial en passant par la victoire de Barack Obama hier, son souvenir pourrait être éclairant. Pas seulement parce qu’il a démystifié, ou plutôt mystifié, la classe politique avec la création du Parti Rhinocéros, mais sa vision du Québec et de son destin étant toujours aussi cruellement actuelle.
Que l’on partage le même prénom, que nous soyons de Louiseville et que Chacoura ait droit à un peu de poésie dans ce roman, - Les petits chemins serpentants Ont fui la salicaire des marais Et gagnent les hauteurs de Chacoura Où dès juin chaque été On fait les foins pendant que le pois de la gaudriole Fleurit aux flancs du coteau - là s’arrête la comparaison, mais ce que je veux partager est ce passage sur la destinée, plutôt sombre, du peuple québécois vu par un lucide, comme dans lucidité et non pas une gamick pour faire peur au monde et les fourrer encore plus, pessimiste, à une époque où l’espoir était enfin permis, le début des années 70.
«Les Canadiens, avait écris Frank Archibald Campbell dans son Gotha - et par Canadiens il entendait Québécois - sont complices avant d’être compatriotes ou concitoyens. Ils forment un peuple bizarre, né sous une domination étrangère, un peuple patient et insoumis qui attend son heure et n’obéira jamais de son plein gré qu’à lui-même. En attendant, ils s’accommodent de nos lois, sans révérence, dans le but d’en tirer le meilleur parti. Lorsqu’ils proclament leur loyauté, ils tirent un écran et s’amusent derrière: qu’on se contente de la façade faute de l’édifice, quitte à passer pour naïf. Quand ils nous retournent nos propres paroles, dont ils se sont fait un répertoire, ils ne se soucient pas de ce qu’ils disent: qu’on les assure qu’ils parlent bien et qu’on les applaudisse. C’est ainsi que nous avons toujours gouverné ce peuple, moins par la force qu’en le prenant à son jeu et à sa fourberie. Plus fourbes que lui, nous l’avons empêché de s’affirmer. Il n’en a pas moins progressé. La partie approche de sa fin. Elle sera gagnée si les cartes ne sont pas abattues: il peut encore s’égarer et passer à côté de sa destinée. Il s’agira alors de mettre les cartes dans sa poche et d’emmener ces Canadiens à se considérer comme des immigrants dans un pays qui tire sa force et sa paix de l’immigration. Si l’on éprouve de la sympathie pour eux, par atavisme irlandais, gallois ou écossais, qu’on se dise que la meilleure façon de les aider est encore de chercher à les perdre».














