À la mort de mon père en 1968, une petite révolution toute personnelle et familiale s'opéra à la maison. D'ailleurs, il fallait là vendre cette grande maison de ferme. Adieu veaux,
vaches, cochons, bonjour asphalte et petits appartements. La nécessité
et l'adrénaline poussaient sans doute ma mère dans l'exécution
de ces tâches où le renouveau semblait être le but à
atteindre. Le deuil n'était pas seulement celui de l'être
aimé qui n'était plus, mais aussi celui de plus de quarante
années de vie dans ce même environnement de la ferme. Nous
passions de la campagne à la ville, des grands espaces au confinement,
de la famille omniprésente à la faune d'un voisinage tiers.
Ce grand chambardement émotif, étrangement, profita à
une voiture. Un Dodge Vaillant gris qui remplaça le Ford bleu que
mon père, peu féru en mécanique, martyrisait. Ce petit
Vaillant porta tellement bien son nom que ma mère y reporta beaucoup
de son affection, devenant son outil premier vers une liberté nouvelle.
L'histoire de l'automobile comme outil d'émancipation de la femme
reste sans doute encore à écrire, mais l'histoire de ma mère
et de son Vaillant en parcourrait aisément certaines pages. |